Parfois, emporté par le tumulte de la vie, l’être humain ne réalise même pas ce qu’il possède.
Les jours se poursuivent, les années passent en silence.
Et puis, un jour, on s’arrête… on regarde en arrière… et l’on comprend :
nous étions en réalité au cœur d’une immense richesse.
Les grands-pères, les grands-mères…
Chacun avec son caractère, chacun avec son histoire.
Les oncles, les tantes, les cousins…
Toute une vie partagée dans un même jardin.
Il y a eu des disputes, des blessures, des incompréhensions.
Mais ils étaient tous là. Vivants. Réels.
Aujourd’hui, en repensant à tout cela, je comprends que la véritable richesse se trouvait justement au milieu de cette foule aimante.
Nous étions trois familles à vivre dans le même jardin :
ma grand-mère, mon oncle… et nous.
Il y avait aussi notre voisine, Müserref Hala.
Que Dieu fasse miséricorde à chacun d’eux.
Aujourd’hui, presque tous ont quitté ce monde.
Il ne reste que les souvenirs.
Et une grande vérité qui s’est installée au fond de moi :
Grandir auprès de ses grands-parents est un bienfait bien plus précieux que nous ne l’imaginions.
Aujourd’hui, le tableau est tout autre.
Les gens deviennent de plus en plus individualistes.
Les jeunes ne veulent plus se marier.
Ceux qui se marient vivent isolés, dans de grandes maisons, avec un seul enfant.
Tout le monde dit :« Je suis libre », « je suis indépendant », « je voyage à travers le monde ».
Mais est-ce vraiment cela, la liberté ?
Voyager seul… et après ?
S’il n’y a personne avec qui partager la beauté…
Il y a des photos, des “likes”… mais l’âme manque.
L’autre jour, mon époux et moi sommes allés au bord d’un lac.
Nous nous sommes assis. Nous n’avons pas parlé.
Il y avait le silence.
Le lac était d’un bleu profond.
Nous avons simplement regardé, longtemps.
Je n’ai pris aucune photo.
Je n’ai ressenti aucun besoin de partager.
Parce que cet instant était beau, tel quel.
Partager le silence suffisait.
Les anciens ne disaient pas en vain :
« Le compagnon de souffle. »
Parfois, l’être humain n’a pas besoin de mots,
mais simplement d’une présence.
Même le silence, partagé, apaise le cœur.
Et puis, il y a ces parents restés seuls…
Des hommes et des femmes qui ont perdu leur conjoint,
dont la vie s’est brisée en deux.
Ils souhaitent se remarier.
Mais ce sont leurs propres enfants qui se dressent devant eux :
« Si tu te remarques, quitte la maison. »
« Ne nous reparle plus. »
« Tu veux qu’on t’oublie ? »
Il faut poser la question :
De quel droit ?
Ces mêmes personnes qui, hier encore, nettoyaient vos vêtements,
sacrifiaient leurs nuits pour vous,
donnaient leur vie pour votre confort…
Aujourd’hui, vous leur imposez des conditions ?
Les maisons, les biens, les richesses…
étaient-ils un cadeau de votre part ?
Tout a été construit ensemble.
Ils ont donné leur jeunesse, leur travail, leur vie entière.
Ils ont eu faim pour que vous mangiez.
Ils ont veillé pour que vous dormiez en paix.
Et maintenant qu’ils sont seuls, devraient-ils renoncer aussi au droit d’être heureux ?
Être un enfant, ce n’est pas dominer.
Ce n’est certainement pas confisquer le bonheur de ses parents.
Revenez à vous-mêmes.
N’oubliez pas le respect.
Souvenez-vous de qui vous êtes.
Pourquoi celui qui reste devrait-il être condamné à la solitude
parce que quelqu’un est mort ou que les chemins se sont séparés ?
On impose des règles, des contrats, des menaces
à des parents qui ont pourtant bâti la vie avec vous.
Le bonheur est un droit naturel.
Désirer un compagnon de route n’est pas une honte.
Avoir peur de la solitude n’est pas une faiblesse.
Ces droits valent aussi pour les parents.
Ne les laissez pas seuls.
Soutenez-les. Soyez à leurs côtés.
Oui, le monde est rempli d’opportunistes.
Mais la solution n’est pas l’interdiction.
La solution est l’accompagnement, le soutien, la guidance.
Et venons-en au sujet le plus douloureux…
On dit :
« Faites grandir vos enfants avec leurs grands-parents. »
C’est vrai.
Mais à une condition : leur enseigner aussi le respect.
Aujourd’hui, nous voyons avec tristesse que certaines personnes — enfants comme adultes — transforment leurs grands-parents en figures “comiques”.
Et cela ne reste plus dans les foyers :
cela s’expose sur les réseaux sociaux.
Une grand-mère qui se trompe de mot,
un grand-père qui ne comprend pas la technologie,
des personnes âgées moquées pour leur oubli, leur maladie…
Ce ne sont pas des blagues.
Ce n’est pas innocent.
C’est un manque de respect flagrant.
Souvent, il n’y a même pas de consentement.
La grand-mère ne sait pas ce qui est publié.
Le grand-père ignore combien de personnes regardent.
Mais des millions rient.
De quoi rient-ils ?
De personnes qui ont consacré leur vie à leurs enfants ?
De mains qui ont connu la pauvreté, la souffrance, et nous ont élevés ?
Une société se mesure à la manière dont elle traite ses anciens.
Faire de la grand-mère un “contenu”
et du grand-père un “matériel”
n’est ni modernité ni liberté.
C’est un effondrement moral.
Un mot aussi pour les parents :
N’enseignez pas seulement l’amour à vos enfants,
enseignez-leur aussi le respect.
Ne banalisez pas le mépris avec des phrases comme
« Dede ne comprend pas »,
« Nine est comme ça ».
Un enfant reproduit ce qu’il voit.
Les grands-parents ne sont pas des objets de décoration.
Encore moins des outils de divertissement.
Ils sont la mémoire de cette vie.
Un jour, tout le monde vieillit.
Mais tout le monde ne vieillit pas dans la dignité.
Le respect s’enseigne quand on est jeune.
La solitude n’est pas une réussite.
Le partage est la véritable richesse.
Que Dieu ne rende personne dépendant de la solitude.
Que Dieu nous fasse rencontrer les bonnes personnes.
Salutations et prières.
𝓗𝓪𝓴𝓲𝓶𝓮 𝓖𝓾𝓵𝓼𝓾𝓶 𝓗𝓲𝓬𝓻𝓮𝓽